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lundi 22 mars 2010

Miscellanées (1)

Si écrire est pour moi un vrai plaisir, chaque livre que je lis ne fait pourtant pas l’objet d’une chronique sur ce blog, soit que j’ai lu le livre il y a trop longtemps, soit que je manque tout simplement de temps (ou d’inspiration !) pour écrire quelque chose qui me semblerait intéressant et pertinent. Ceci dit, je trouvais dommage de ne pas pouvoir partager avec vous certaines de mes lectures à l'aune de ces seules raisons. J’ai donc décidé de créer cette nouvelle rubrique « Miscellanées ». L’objectif est on ne peut plus simple : présenter succinctement quelques ouvrages que j’ai eu l’occasion de découvrir plus ou moins récemment afin de vous offrir quelques idées de lecture…

Alors, parce qu’avant-hier c’était le printemps, parce qu’hier était jour d’élections et parce qu’aujourd’hui peut être l’occasion de dire à la femme de votre vie (votre maman évidemment !) que vous l’aimez, je vous propose dès aujourd’hui trois titres tirés de mes lectures récentes, trois romans que je n’aurai probablement pas l’occasion de chroniquer de manière approfondie mais que je souhaitais tout de même vous recommander…


Le soleil des Scorta de Laurent GAUDE [8/10]


Le printemps est là, le soleil perce enfin et réchauffe peu à peu les corps endoloris après un hiver frigorifiant, les lourds manteaux sont remisés dans l’armoire et laissent place aux petites vestes d’été (j’arrête là pour le côté « conversation de salon de coiffure » de ma chronique !)…Quoi de mieux alors que de s’arrêter quelques instants à la terrasse d’un café et d’ouvrir un bon livre à même de vous plonger instantanément dans la chaleur rassurante du sud de l’Italie… Prix Goncourt 2004, Le soleil des Scorta est l’histoire d’une famille vivant dans la région des Pouilles, une famille née de la liaison illégitime d’un brigand et de celle qu’il croit avoir toujours désiré. Orphelin et couvert d’opprobre, l’enfant qui nait de cette union sera pourtant celui qui saura redonner aux Scorta leur honneur perdu… Inutile d’en dire plus pour comprendre qu’il y a un peu de Garcia Marquez dans le thème abordé ici par Laurent Gaudé, pour percevoir que même s’ils ne sont pas pour autant condamnés à Cent ans de solitude, il y a des similitudes entre les membres de la famille Scorta et le destin de la famille Buendia raconté par l’auteur colombien dans son chef-d’œuvre. Bien écrit et prenant de bout en bout, Le soleil des Scorta propose une belle réflexion sur le bonheur familial, sur l’abnégation et l’effort ainsi que sur le plaisir des choses simples. Car, malgré les peines et les difficultés, jamais le soleil ne cesse de briller chez les Scorta…


La lucidité de José SARAMAGO [7/10]


53% : c’était comme chacun le sait le taux d’abstention au premier tour des élections régionales du 14 mars dernier, un record en la matière ! Et comme à chaque élection, se repose avec acuité le problème de la non-comptabilisation du vote blanc. Car, il faut bien le reconnaitre, à défaut de prendre en compte les votes blancs ou nuls, le seul moyen de manifester son désaccord demeure de s’abstenir. Et pourtant, l’on sent bien, l’on sait bien que ce n’est pas la solution…Imaginons alors un instant que ce fameux vote blanc soit comptabilisé ; imaginons qu’à la prochaine élection, 80% des électeurs fassent ce choix et renvoient dos à dos des candidats devant se partager 20% des voix… Comment réagiraient alors ces derniers ? Quelles en seraient les conséquences pour nos démocraties modernes ? Difficile à imaginer… Et pourtant, c’est tout l’objet du roman de Saramago. Prix Nobel de littérature, Saramago aime à jouer avec le monde, à concevoir des scénarios qui viennent bouleverser les fondements mêmes de notre quotidien, à imaginer des situations improbables, et pourtant loin d’être réellement absurdes, et à en dessiner les conséquences … Si La lucidité n’est n’est pas le meilleur roman de l’auteur portugais, loin notamment de L’aveuglement, on retrouve avec plaisir ce style à nul autre pareil, ces textes ne formant qu’un bloc et au sein desquels ne figurent jamais la moindre ponctuation indicative d’un dialogue. Et puis, il faut bien l’avouer, et même si on peut regretter la manière dont Saramago s’en éloigne tout au long du roman, le thème initial est accrocheur et pose avec une réelle pertinence la question de la modernisation de nos démocraties. On ne serait que trop d’ailleurs conseiller cette lecture à certains de nos hommes politiques… Alors, à la prochaine élection, vote blanc ou abstention ? Vous avez bien dit lucidité ?


Le livre de ma mère d’Albert COHEN [9/10]


Qui sait s’il n’est peut-être parfois pas plus simple d’écrire un livre de 175 pages que de tout simplement dire je t’aime à celle qui nous a donné la vie? C’est en tout cas ce que l’on peut se demander à la lecture de ce grand classique d’Albert Cohen. Car sans jamais lui dire je t’aime, Cohen offre à sa mère le plus bel hommage et la plus belle déclaration d’amour probablement jamais écrite. Inimitables, spontanées et profondes, nul ne peut s’empêcher de penser à sa propre mère à la lecture des ces magnifiques lignes, ode universelle à l’amour et à la dévotion maternelle. Le livre de ma mère est un chef-d’œuvre, de ceux qui naissent lorsque la main et la raison confient au cœur et à la passion le soin de guider la plume pour faire tomber le masque de l’ineffable : dire à sa mère combien on l’aime ! « Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles » écrivait Cohen ; ce livre est en tout cas là pour nous rappeler que le temps passe et que demain il sera peut-être trop tard. De là à ouvrir son cœur à sa mère et lui dire à quel point vous l’aimez ? Pas toujours facile lorsque la pudeur des sentiments s’érige telle une muraille…Reste alors toujours la solution de commencer un roman… ou de lire et d’offrir celui-ci en guise de déclaration.

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