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jeudi 11 février 2010

Palestine - Hubert HADDAD [6,5/10]

Vous est-il jamais arrivé, au cœur même de la lecture d’un livre, de vous poser cette question de fond : «mais au fait, est-ce que j’aime ou pas ce que je suis en train de lire ? ». La question peut paraitre étonnante, troublante même, et naturellement l’on aurait envie de répondre qu’il ne suffit que de suivre ses émotions, de déterminer si l’on prend du plaisir ou non, d’évaluer si l’on souhaite prolonger indéfiniment son temps de lecture ou bien si l’on a qu’une seule hâte : fermer le livre et passer à autre chose ! Mais les choses ne sont parfois pas si simples, et notre faculté de jugement, nos goûts, sont parfois subitement altérés à tel point que l’on ne sait plus très bien dire ce que l’on ressent…

C’est à peu près l’état d’esprit qui m’a habité tout au long de la lecture de Palestine, le dernier roman d’Hubert Haddad. Palestine est un roman relativement court qui retrace l’itinéraire de Cham, un soldat israélien, enlevé dans une attaque par un commando palestinien. Abandonné par ses ravisseurs, ayant perdu tous repères et toute mémoire, il est recueilli par deux femmes palestiniennes, une mère et sa fille. Il prend alors l’identité de Nessim, le fils et frère disparu de ces deux femmes, auquel il ressemble vaguement. Commence alors pour Cham la construction d’une nouvelle personnalité, le début d’une nouvelle vie au cœur de la Cisjordanie occupée. Lui, l’ancien soldat israélien, découvre peu à peu le quotidien d’un peuple et d’une terre en proie aux contrôles quotidiens, aux humiliations récurrentes et à la peur permanente. L’ancien bourreau devient victime d’un système qu’il a pourtant contribué à façonner et qu’il a longtemps défendu. On frôle en quelque sorte l’uchronie puisque l’on découvre quelle aurait pu être l’histoire de Cham s’il était né de l’autre côté du « mur de sécurité ».

Malheureusement, si le thème est intéressant, si les souffrances du peuple palestinien sont subtilement évoquées et plutôt bien restituées, loin de toute condamnation politique ou de tout manichéisme, le livre peine à toucher. Et c’est en cela que je dis ne plus vraiment savoir si j’ai apprécié ou non cette lecture. Car j’aurai aimé, j’aurai voulu me laissé envahir par cette histoire, j’aurai souhaité ressentir en mon for intérieur cette détresse et ces douleurs bien réelles d’une terre martyrisée. J’attendais de Haddad qu’il me transmette une parcelle de ce quotidien, qu’il me sensibilise bien au-delà des mots, qu’il réveille en moi une conscience citoyenne et éveille un juste parfum d’indignation, sans pour autant tomber dans le pamphlet politique. Mais l’émotion a du mal à passer. Ce n’est pas tant la faute du récit en tant que telle, quand bien même celui-ci confine parfois aux limites de la vraisemblance. Cela tient davantage, à mon sens, à l’écriture de l’auteur et aux choix narratifs qui sont les siens. Et là encore, on touche un nouveau paradoxe. Haddad écrit très bien, jouant de l’ellipse et de la métaphore, s’ingéniant à trouver d’improbables images, mais il essaye peut-être justement de trop bien écrire à tel point que le style semble souvent ne pas coller au récit. J’aurai aimé plus de simplicité dans les comparaisons, plus de liant entre les différentes parties du roman, j’aurai apprécié un style plus épuré, plus sobre qui aurait à mes yeux davantage soutenu et reflété la tragédie de cette bouleversante histoire. Le récit est volontairement très elliptique, suggestif ; pourtant, l’on aurait souhaité connaitre un peu mieux chacune des personnalités qui traversent le roman, comprendre les sentiments qui les habitent, sonder leur âme, écouter leur cœur… Tel n’est malheureusement pas vraiment le cas, et si l’on sent bien qu’il s’agit d’un choix délibéré de l’auteur, on le déplore quelque peu… Le récit est trop simple et l’écriture trop travaillée, là où l’on eut peut-être aimé que ce soit l’inverse… Et pourtant, l’on sent que c’est un beau livre, touchant puisque réel, émouvant puisque tragique, poignant puisque quotidien…

Bien plus que d’avoir aimé ou non, en fermant le livre point finalement une certaine déception, comme un goût amère d’inachevé, une relative frustration de ne pas s’être laissé toucher autant qu’on l’aurait pensé par cette dramatique histoire, reflet des souffrances journalières d’hommes et de femmes vivant au cœur de cette terre déchirée…

Note : 6,5/10

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