Le lion est en effet au premier abord un roman que l’on recommanderait volontiers aux plus jeunes. Car Le lion c’est d’abord et avant tout le récit d’une histoire d’amour aussi belle qu’improbable entre un jeune fauve et une petite fille. Recueilli à sa naissance par le garde du parc national, King a grandi auprès des hommes, et notamment aux côtés de Patricia, la fille du gardien. Très vite, une relation unique s’établit entre le jeune lion et Patricia. Devenu adulte, King est relâché dans la nature mais il n’en oublie pas pour autant ceux qui l’ont élevé : la complicité entre lui et la jeune fille perdure, et rien ne semble alors pouvoir entraver cet amour si particulier…
Mais si le récit est on ne peut plus envoutant, si on se laisse prendre comme de grands enfants par cette touchante histoire, l’œuvre de Kessel est bien plus que cela ; et c’est pourquoi elle est à mes yeux davantage qu’une simple lecture d’adolescents… Journaliste, Joseph Kessel est d’abord et avant tout un grand reporter. Avec Le lion, il nous offre un voyage en terre kenyane, à la découverte de sa faune, de sa diversité, de sa richesse. On gambade avec les impalas, on déboule avec les buffles, on charge avec les rhinocéros et on se laisse totalement transporter et immerger au cœur d’un univers inconnu mais fascinant, le tout porté par une plume magnifique. Ethnologue, Kessel nous emmène à la rencontre des tribus composant ce grand pays. On fait la connaissance alors du peuple Masaï, on découvre son quotidien, on apprend ses rites, et parmi eux celui consistant à combattre un fauve à main nu pour entrer dans l’âge adulte... On sent alors poindre le drame, on voit se profiler l’inévitable confrontation mais on ne cherche pas pour autant à en deviner davantage, préférant se laisser bercer par le fil du récit. Anthropologue, Kessel étudie les hommes et leur conditionnement, leur réaction, leur adaptation dans ces milieux inhospitaliers, tâchant alors de comprendre quelle place ceux-ci peuvent y prendre sans venir pour autant troubler le subtile équilibre des choses. Ecrivain, il signe un roman puissant et dépaysant servi par une vraie belle écriture. Dans les premières pages du livre, Kessel a ainsi cette phrase magnifique : « Rideau après rideau, la terre ouvrait son théâtre pour les jeux du jour et du monde ». Avec Le lion, c’est page après page que l’auteur ouvre notre imaginaire pour les jeux des hommes et de la nature. Des jeux qui, aussi harmonieux soient-ils, n’en demeurent pas moins dangereux comme la fin du récit ne manque pas de nous le rappeler...
Pascal écrivait : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraye ». Ici, grâce Kessel, c’est tout le contraire qui se produit… Cette riche nature rassure, ces grandes étendues silencieuses apaisent et l’on se sent enveloppé d’une douce chaleur, d’une parfaite quiétude… Longtemps après avoir fermé le livre résonne encore l’écho de la savane, longtemps s’impose cette vision majestueuse du Kilimandjaro surplombant une nature généreuse, longtemps demeurent ces envies d’aventures, ce profond désir d’évasion, cette aspiration à regarder le monde, dans ce qu’il a de plus beau et de plus noble, chaque jour comme si c’était la première fois sans jamais finir de s’en émerveiller …
Avec Le lion, Kessel se substitue à Baudelaire et nous invite lui-même au voyage en ces terres où tout ne semble qu’ « ordre et beauté ; luxe, calme et volupté ». Il serait bien dommage alors de se priver d’une si belle invitation…
Note : 9/10




8 commentaires:
très belle analyse Matthieu, tu m'as fait m'évader 2 minutes et aynt lu le lion petite, tu m'as donné envie de le relire!!Bon après les exposés!!
Bisous et bonnes vacances!!
Je n'étais pas à convaincre mais très bele critique!
moi je l'ai jamais lu, tu me le prêterais ? (genre si tu veux me l'amener pour ce week end c'est cool :) )
Superbe texte, je me suis évidemment fait un plaisir de le republier sur PS... :)
Je cherchais un livre à lire, tu m'a définitivement convaincue! Merci!
Fini, merci pour le conseil, très beau livre en effet...
J'ajouterais tout de même une composante à ta critique qui est celle de la relation qu'entretiennent Patricia, Sybil et Bullit. L'amour que chacun porte aux deux autres a pour conséquence une accumulation de frustration et de non dit, quand bien même chacun est finalement assez conscient de la mascarade jouée. (Trop d'amour asphyxierait-il les relations ?).
Tout à fait d'accord avec toi Alex. C'est vrai que je n'aborde pas cette dimension là du livre (difficile d'être exhaustif!) mais qu'elle est également très intéressante. Ton analyse est d'ailleurs très juste. Chacun sent qu'il met l'autre parfois un peu en difficulté, mais comme personne ne veut réellement entraver le bonheur des autres, rien ne se dit...ce qui laisse planer par moment un réel malaise.
Bien vu mec, merci de ton commentaire ;)
C'est vraiment intéressant ce que tu racontes sur les romans jeunesse...
J'ai effectivement lu Le Lion à 11 ans, et en ai gardé un souvenir superbe.
Il me semble qu'à l'époque, les "journal intime d'une sorcière" et autres "toi + moi = coeur", je les lisais aussi! et pourtant, je suis persuadée que je percevais le roman de Kessel tout autrement... à 11 ans, on sait déjà qu'il y a "lecture" et "Lecture"! Alors ne nous insurgeons pas dans les rayons de La Fnac (je t'imagine bien!) et faisons confiance à la jugeote des petits "jeunes" !
Belle chronique en tout cas, ça me donne envie de relire Le Lion voire d'autres oeuvres de jeunesse qui mériteraient aujourd'hui mon regard mature d'adulte sage et responsable ;)
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