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jeudi 28 janvier 2010

Fiche auteur : Stefan ZWEIG

Quelle douce inspiration a donc bien pu passer dans la tête des éditeurs pour que l’on voit fleurir, près de 70 ans après sa mort, des romans de Stefan Zweig en tête de gondole dans nos librairies ? Qui a donc eu l’idée de remettre au goût du jour l’auteur autrichien, à tel point qu’il talonne certains de nos plus grands génies littéraires contemporains (Musso, Levy, Nothomb… !!) dans le classement des meilleures ventes ? Et que penser finalement de cette médiatisation posthume?

Le premier constat est tout d’abord mitigé. Certes, Zweig tient le haut du pavé mais les romans mis en exergue ne sont pas forcément ses meilleurs. Je veux parler là des deux inédits récemment sortis (Le voyage dans le passé et Un soupçon légitime). En revanche, quelle brillante idée d’avoir publié il y a peu, sous une nouvelle édition, Lettre d’une inconnue. Trop souvent intégrée dans des recueils de nouvelles, nombreuses sont les personnes qui ont pu passer à côté de l’une de ces petites pépites de Zweig. Et pourtant, il s’agit probablement de l’un des plus beaux textes sur la passion amoureuse de l’auteur, et je ne peux que vous inviter à vous précipiter dessus si vous ne l’avez jamais lu.

Le second constat est optimiste. Même si les textes publiés sont loin d’être les meilleurs, ils ont au moins le mérite de remettre Stefan Zweig sur le devant de la scène littéraire, privilège assez rare pour un auteur décédé en 1942. On ne peut qu’espérer alors que beaucoup de néophytes s’empresseront d’aller découvrir ses autres petites merveilles.

Mais justement, quel écrivain est Stefan Zweig et que doit-on absolument avoir lu de lui ? Il serait trop long de se pencher sur toute l’œuvre de l’auteur autrichien, tant elle est riche et variée. Il est en revanche intéressant de distinguer les trois grands genres littéraires auxquels il s’est consacré : la biographie, la nouvelle et le roman (il a également publié quelques poèmes et pièces de théâtre mais ce n’est pas la partie majeure de son œuvre). On le sait parfois peu, mais Zweig fut d’abord un excellent biographe. Il a ainsi retracé la vie, les traits, les passions de certaines illustres personnes, soit qu’elles le fascinaient, soit qu’elles ont marqué l’histoire. Marie-Antoinette, Fouché, Marie Stuart, Montaigne et beaucoup d’autres encore eurent ainsi l’honneur d’être racontés par Zweig. J’avoue connaitre assez peu le biographe qu’il fut, et je me contenterai donc de ces quelques évocations. En revanche, là où la distinction prend tout son sens, c’est lorsqu’il s’agit de comparer le nouvelliste et le romancier. Même s’il a tout de même essentiellement écrit des nouvelles, Zweig a publié un certain nombre de romans (parmi lesquels notamment L’ivresse de la métamorphose, La pitié dangereuse…). Il ne s’agit jamais de romans très longs mais ils différent tout de même assez nettement, tant sur la forme que sur le fond, de ses nouvelles. Le thème est pourtant bien souvent le même : les passions humaines (l’envie, la pitié, l’argent, l’amour…) mais le style, le plaisir et surtout l’intensité de la lecture sont incomparables ! Disons le tout de go : Zweig n’est jamais aussi brillant que quand il fait dans la concision. Et ses nouvelles surpassent de loin ses romans. L’Autrichien est l’auteur qui rend probablement le mieux, en si peu de mots, et avec une précision et une intensité inégalables, les tourments que provoquent les passions de l’âme. Ses chefs-d’œuvre dans ce domaine là sont nombreux, et je ne peux que vous inciter à vous jeter sans plus attendre sur chacun d’eux : Amok (sur la passion amoureuse comme folie voire maladie), La confusion des sentiments (à propos de la naissance de la passion entre deux hommes d’âge très différent), Le joueur d’échecs (probablement la plus célèbre de ses nouvelles), Lettre d’une inconnue, Destruction d’un cœur…sans oublier mon préféré, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme à propos de la passion amoureuse et de la folie du jeu. Tout comme la longueur du développement et l’analyse précise des psychologies collent classiquement parfaitement au roman russe, la brièveté, la concision et cette aptitude hors du commun à rendre en une phrase la complexité des sentiments et des passions soulignent de manière inimitable le génie de Zweig. Ne nous méprenons pas pour autant, les romans de Zweig sont loin, très loin, d’être mauvais, bien au contraire. L’ivresse de la métamorphose est un excellent roman sur l’aspiration à l’ascension sociale, aux rêves de grandeur d’une jeune autrichienne pauvre et démunie à qui une riche tante de passage fait découvrir un monde merveilleux, féérique mais tragique, roman auquel on pourrait d’ailleurs trouver quelques échos balzaciens (Le père Goriot ou Illusions perdues notamment) ; quant à La pitié dangereuse, il s’agit d’un très bon livre sur une passion difficile à décrire et à analyser, une passion qui fait souvent plus de ravages quand bien même on pensait agir pour le bien et que Rousseau qualifiait, avec la peur, comme LA passion originelle et naturelle : il s’agit bien entendu de la pitié. Les romans de Zweig valent donc plus que jamais le détour, mais pour comprendre véritablement quel auteur de génie était Stefan Zweig, quel talent littéraire inimitable il possédait, rien ne vaut ses nouvelles que j’ai cité précédemment. La concision et l’art de la suggestion et de la subtile évocation sont un don qu’à la vue de cette chronique je n’ai peut-être pas (!), et c’est pourquoi je vous invite sans plus attendre à les découvrir dans les textes de l’auteur maitre des passions…

Humaniste convaincu et grand admirateur de la culture européenne, Zweig avait fui la seconde guerre mondiale et l’Europe d’Hitler pour le Brésil en 1941. Mais, désespéré par la situation et par l’avancée du conflit, il décida de se suicider avec sa femme en 1942 ! Le grand auteur des passions était lui-même un passionné jusqu’à l’extrême…

1 commentaires:

Alexis F a dit…

Zweig ou comment décrire avec une subtilité incroyable tous les sentiments les humains (la peur, la passion, la honte...)

Bon courage pour cette lancé de blog l'ami