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jeudi 8 janvier 2009

Millenium - Stieg LARSONN [2,5/10]

Normalement vous n’avez pas pu y échapper, tout du moins visuellement. Vous savez Millenium ce sont ces trois pavés aux couvertures rouges et noires et aux titres aussi étranges que "La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette" ou "Les hommes qui n’aimaient pas les femmes". Intrigué par ces livres un peu originaux, alléché par les propos dithyrambiques que me tenait chaque personne les ayant lus et surtout en quête d’un bon polar bien ficelé et alletant pour me changer de la lecture de La peste de Camus et surtout des Bienveillantes de Littell (cf supra), je me suis donc attaqué plein d’espoir à cette nouvelle saga. Le destin peu banal de l’auteur, mort d’une crise cardiaque avant même la parution de ses romans, ajoutait un peu au mythe et me rappelait celui de John Kennedy Toole, l’auteur génial de La conjuration des imbéciles (cf supra). Ce que j’ignorais, c’est que de commun avec Toole, Larsonn n’en a que le tragique destin et en aucun cas la verve littéraire ! Vous l’aurez compris après cette longue introduction, je n’ai pas vraiment aimé Millenium, pire, je ne comprends même pas que l’on puisse trouver un soupçon de « génial » à ces piètres romans !
Alors certes je critique alors que je n’ai pas tout lu. En effet, Millenium est composé de trois romans d’environ 600 pages chacun, à lire dans l’ordre, mais relativement indépendant les uns des autres en terme d’intrigue. Mais après les deux premiers tomes j’étais à bout de souffle (non à cause du suspense haletant, rassurez-vous !).

Il faut tout d’abord dire que le premier tome est très très très lent à se mettre en route. Ca, à la rigueur, passe encore. On se dit qu’il plante le décor, nous donne tous les éléments afin de nous préparer à un final où te se croisera, s’imbriquera et prendra forme dans une chute hallucinante portée par un rythme insoutenable…Mais cela vient difficilement et on sent la déception poindre peu à peu. Finalement, malgré un style littéraire inexistant (je n’ose même pas imaginer que cela puisse être dû à la traduction), porté par d’inlassables répétitions (les personnages hochent la tête 4 fois par page, boivent un café à toutes les pages et mangent un sandwich chaque deux pages !) et un vocabulaire de pré-maternel, le premier opus se termine tant bien que mal, sans génie mais sans grande catastrophe ! On regarde alors le deuxième livre et on se dit que ça ne peut pas être pire, que maintenant que les personnages sont en place et que le décor est planté ça va décoller. Et puis on repense aux critiques élogieuses et on n’ose croire qu’elles ne soient fondées que sur le premier roman.


Et là, c’est le drame ! Le deuxième tome est aussi pauvre stylistiquement que le premier, l’intrigue a encore plus de mal à démarrer, le rythme est lourd et lent, et les personnages boivent encore plus de cafés (il ferait mieux de prendre une bonne bière parfois)! Surtout l’auteur use d’artifices indignes d’un soi-disant « grand du polar ». Celui-ci ménage des faux-semblants de suspense en jouant de manière absolument malhonnête de la focalisation sur les personnages. Usant d’un narrateur omniscient, celui-ci se ballade régulièrement d’un personnage à l’autre. Mais soudain, pour entretenir le doute sur la culpabilité ou non de l’un des héros, le narrateur le délaisse complétement pendant plus de cent pages, s’ingéniant à faire planer un doute improbable, avant de le faire réapparaître miraculeusement pour créer d’autres artifices tout aussi ridicules…
Ca ne fonctionne tout simplement pas, c’est trop embrouillé, trop pataud dans le style, trop saccadé dans le rythme. Et puis je ne parle pas du message que cherche à faire passer l’auteur à coup de dénonciation de l’industrie du sexe ou de la pédophilie,…, les mauvais livres ayant trop souvent tendance à dénaturer la morale sous-jacente au roman.

J’ai été un peu long sur cet article mais cela valait la peine si ça peut vous épargner Millenium comme lecture de plage cet été. Je voudrais conclure en disant que je n’en veux pas à Larsonn (c’est important parce que, par exemple, j’en veux à des auteurs comme Levy, Musso ou Nothomb d’écrire de la merde !). Il n’est je pense pas plus écrivain que je ne suis serrurier. C’était un journaliste qui s’est vraisemblablement laissé emporter par le sujet de son livre, à savoir une véritable dénonciation du commerce des femmes et des abus sexuels en tous genres. Non, j’en veux aux maisons d’édition et aux distributeurs qui s’évertuent à nous faire croire que Millenium c’est génial, c’est du bon polar ; non, non, non et non ! Gaston Leroux écrivait d’excellents romans policiers, Donald Westlake écrit d’excellents polars, mais non, désolé, Stieg Larsonn ne leur arrive pas à la cheville !

Note : 2,5/10
(Et encore je suis gentil parce qu'il mériterait -1 de pénalité environnementale : 3x600 pages pour écrire ça, ça ne mérite pas de sacrifier tous ces arbres!!!).

4 commentaires:

Manu a dit…

Etant donné que je suis en grande partie responsable des durs moments que tu as passé en lisant Millenium je me sens obligé de répondre à tes arguments:

Le style: je suis d'accord on n'a pas besoin d'un Larousse à côté de soi pour lire Stieg Larsonn

L'intrigue: le narrateur omniscient
nous cache certes beaucoup de choses mais l'important dans un polar n'est-ce pas que le lecteur soit dans le doute de quelques manière que cela soit?

Le message: dans le 2ème opus il est clairement surfait mais dans le 1er il ne m'avait pas interpellé et dans le 3ème il est quasi inexistant.

En gros, on est d'accord ce n'est pas de la grande littérature mais c'est à coup sûr des bouquins que je conseillerais de lire sur une plage!

Lucien a dit…

Je suis un lecteur fidèle de Playlist Society et de Benjamin et je ne comprends pas trop à quoi sert cette "extension". Je trouve les critiques de Matthieu H très pertinentes et très bien écrites, tout à fait dans le ton de Playlist Society mais je ne comprends pas pourquoi elles sont publiées sur ce site à part et pas sur l'original où elles auraient plus de visibilité.

C'est dommage, parce que du coup je ne traîne que rarement ici alors que je lirai ces chroniques avec plaisir lors de mes visites quotidiennes sur PS.

Sinon Millenium c'est effectivement de la merde ;)

Matthieu a dit…

Merci Lucien de ton commentaire. Tu n'as pas tout à fait tort quant à la raison d'être de cette extension, du moins aujourd'hui...En effet, à l'origine l'idée avec Benji et un autre était de créer un réseau de blogs assez spécialisés mais reprenant le même format. Ainsi, en fonction des goûts de chacun correspondait un blog (musique pour Benji, littérature pour moi...). Le problème c'est que je dois avouer que j'ai eu assez peu le temps de m'impliquer dans ce projet, d'où le faible nombre de critiques, alors que dans le même temps le blog de Benji prenait vraiment de l'ampleur! La raison d'être de cette extension se pose donc en effet aujourd'hui et j'en ai parlé avec Benji. Soit je parviens à relancer un blog perso et j'y mets les moyens, soit j'écris quelques critiques sur le blog de Benji...J'y réfléchis encore actuellement, mais il n'est pas improbable que je publie d'ici peu quelques critiques sur Playlist Society!!
Merci en tout cas de cette refléxion et content de voir que nous partageons le même point de vue sur Millénium...c'est tellement jouissif de détester un bouquin que des millions de gens ont adoré!!!
A très vite sur Playlist Society ou ailleurs...

Benjamin F a dit…

Oh bah Matthieu, tu sais combien tu es le bienvenue sur Playlist Society. Si tu choisis de venir on republiera tous les articles d'ici sur le site principal (la notion d'actualité étant, tu me l'accordera, complètement superflue lorsqu'il s'agit de littérature).

Je reste dans l'idée qu'il y a trois conditions pour pouvoir écrire sur Playlist :
- Être un vrai pote dans la réalité
- Être passionné par un des domaines culturelles
- Considérer la critique comme un exercice littéraire et écrire avec le plus de style possible

Je pense que tu réponds bien à ces trois critères ;)