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lundi 5 janvier 2009

Les Bienveillantes - Jonathan LITTELL [9/10]

Prix Goncourt 2006 et premier roman de Jonathan Littell, jeune auteur ayant travaillé plus de cinq ans sur cette œuvre, Les Bienveillantes a été certainement, et à bien des égards, l’un des livres, si ce n’est LE livre, le plus controversé de ces deux dernières années. Et pour cause, la prétention de l’auteur est de nous faire rentrer dans la peau de son personnage principal (je n’ose user du mot de « héros »), Maximilien Aue, qui n’est autre qu’un SS nazi amoureux de sa sœur, exagérément incestueux et cependant homosexuel refoulé (l’homosexualité étant condamné à mort par le régime nazi).

Je ne saurai écrire des lignes et des lignes sur ce pavé. Beaucoup de choses ont été dites, le livre a été analysé sous toutes les coutures, les grandes questions de la responsabilité et du déterminisme ont été abondamment traitées (celui qui tue est-il plus ou moins coupable que celui qui supervise ? est-il dédouané parce qu’il n’a fait qu’obéir aux ordres ? cela aurait-il pu être moi ?) mais, si elles demeurent plus que passionnantes, il faudrait des pages et des pages pour esquisser l’ébauche d’une hypothèse.

Je ne pourrai donc vous livrer que mon ressenti totalement personnel et absolument subjectif à propos de ce roman difficile et dur, très dur.
Dur tout d’abord de rentrer dans un livre où tous les noms sont allemands, où tous les grades militaires sont en allemands et où très rapidement vous rencontrez une vingtaine de personnages tous plus fous et cruels les uns que les autres sans comprendre qui commande qui ou fait exactement quoi : le roman russe à côté c’est de la rigolade ! Mais une fois pleinement rentré dans le livre vous vous heurtez au choc de descriptions si crues qu’il est difficile par moment de ne pas avoir envie de fermer le livre. L’auteur décrit sans aucune pudeur les massacres à la chaine et autres exactions commises par les autorités nazies, il narre sans retenu l’administration des camps de la mort, et il nous livre en même temps les pensées les plus odieuses de l’idéologie hitlérienne telles qu’elles étaient soutenues à l’époque.

Le roman suit donc l’itinéraire de Max Aue, un jeune Allemand ayant vécu en France et s’étant engagé dans la SS. De Stalingrad à Berlin en passant par l’Ukraine, Aue va assister, commettre et accepter les pires atrocités. Littell s’évertue à nous le présenter comme un être « humain », qui pense, que ses actions rongent, minent mais qui obéit pourtant sans broncher aux ordres, convaincu que l’idéal qu’il défend est le bon et mérite tous ses sacrifices. Il est torturé mais continue néanmoins sans manquer de nous inciter à réfléchir à ce que nous aurions fait si nous avions été à sa place. C’est une ordure, mais une ordure que l’on ne parvient jamais à condamner entièrement.

Alors ai-je aimé ? Pour tout dire je n’en sais rien. Ou plutôt devrais-je dire que j'ai peur d'avouer que oui, j'ai beaucoup aimé! Ce livre m’a horrifié, il m’a retourné le cœur et l’estomac plus d’une fois. Mais, d’un autre côté, je n’ai jamais réussi à me décrocher de ce roman tant il vous arrache à vos doutes. Le style de Littell est sur cet aspect excellent : parvenir à captiver malgré un propos si odieux. Alors je ne saurai que vous dire de vous faire votre propre opinion et, si vous en avez le temps, et le courage, de vous lancer sans plus attendre dans la lecture de cet impressionnant roman qui, quoi qu’on en dise, marque énormément…

Note : 9/10

1 commentaires:

SysTooL a dit…

On me l'a offert il y a quelques mois mais je n'ai pas "osé" me lancer dans ce pavé... pourtant les critiques que j'ai pu lire sont plutôt élogieuses...

SysT